Genèse du projet
L’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne est l’un des membres fondateurs du projet de campus Condorcet. Le site principal du campus, ouvert depuis 2019 à Aubervilliers, doté d’un grand équipement documentaire, l’Humathèque, s’est rapidement imposé comme un lieu majeur de la recherche en sciences humaines et sociales en Île-de-France. Mais dès l’origine du projet a été prévu un second site, destiné aux enseignements de Licence : ce site parisien, construit à la Porte de la Chapelle (Paris 18e) à 15 minutes à pied du site d’Aubervilliers, a ouvert au public le 26 janvier 2026.
Ce bâtiment de 20 000 m², destiné à accueillir 3 500 étudiants de SHS de l’université Paris 1 (qui en a la gestion directe), se distingue par la place particulière de sa bibliothèque : d’une surface de près de 4 000 m², cette dernière occupe tout le quart oriental du bâtiment dont elle apparaît comme la figure de proue. Elle offre 720 places assises, augmentant ainsi de 60 % les capacités d’accueil du SCD (portée à 1870 places réparties en 7 lieux), dont elle est désormais la plus grande bibliothèque. C’est aussi sa première bibliothèque construite dès l’origine pour cet usage.
Crédit photo Pascal Levy
Calendrier général du projet
L’EPCC est le maître d’ouvrage du projet tandis que l’université Paris 1 en a la maîtrise d’usage. Les travaux, estimés initialement à 70 millions d’euros, ont été financés à parts égales par l’État, la Région Île-de-France et la Ville de Paris, cette dernière mettant également le terrain à disposition. Le programme général fonctionnel a été défini en 2016 et le concours d’architecture remporté en 2017 par le cabinet d’architectes de Jean Guervilly et Françoise Mauffret.
Un premier appel d’offres pour le marché de travaux passé en 2021 s’est révélé infructueux, le renchérissement mondial des matières premières n’ayant pas permis aux entreprises de présenter des dossiers économiquement soutenables dans l’enveloppe prévue. Un second appel d’offres a eu lieu en 2022 pour un montant substantiellement rehaussé (97 millions d’euros, le surcoût étant financé par l’État) et a permis de commencer les travaux pendant l’hiver 2023. Le gros œuvre a été achevé en juillet 2024 et le bâtiment livré à l’université le 18 décembre 2025.
Le bâtiment dans son environnement urbain
Le projet de nouveau campus s’inscrit dans un cadre plus général de transformation et de réhabilitation du quartier avec la construction d’ensembles de logements (le quartier « Chapelle International »), d’équipements sportifs et culturels (l’Adidas Arena) ainsi que la création d’espaces verts et de voies de circulation pour les mobilités douces.
L’un des défis majeurs du projet a été de s’adapter à un environnement urbain contraignant : le bâtiment jouxte un carrefour à forte circulation, le périphérique parisien est situé à une centaine de mètres du campus et la voie aérienne du nouveau RER Charles de Gaulle Express passe tout près des vitres de la bibliothèque. Ces contraintes ont été intégrées très tôt dans la conception du bâtiment, qui est fermé au nord (côté périphérique) et, au contraire, ouvert sur le sud avec, en particulier, un jardin intérieur arboré de 2 000 m². De même, l’isolation phonique des vitrages est remarquable et la question du traitement de l’air a également été particulièrement suivie.
Crédit photo Cécile Gautier
Crédit photo Cécile Gautier
La bibliothèque et ses services
La bibliothèque, structurée sur 5 niveaux (4 étages et des magasins en sous-sol), offre une entrée unique depuis le rez-de-chaussée, à proximité des amphithéâtres et de l’entrée du campus. L’ensemble est conçu de manière à permettre à la bibliothèque de fonctionner de manière autonome, par exemple pour ouvrir le samedi ou accueillir des évènements en dehors des heures de cours.
Le hall d’accueil comprend une grande banque de renseignement à cheval sur le dispositif de contrôle d’accès ainsi que 72 casiers en libre-service à disposition des étudiants. La grande salle du rez-de-chaussée (histoire, philosophie et langues), avec sa mezzanine, propose un vaste espace en double hauteur et constitue l’expression architecturale la plus marquante de la nouvelle bibliothèque. De grandes baies vitrées éclairent naturellement les places de travail concentrées en périphérie. Cette configuration impressionnante a nécessité des aménagements pour garantir une ambiance acoustique adaptée : la mezzanine (collections d’art et d’archéologie) est entourée de coffrages en bois avec des panneaux absorbeurs de son aussi performants qu’esthétiques.
Le public accède aux étages (mezzanine incluse) par un escalier monumental couvert par une verrière permettant un éclairage sommital. Le second étage (sciences sociales et géographie) concentre 16 salles de travail en groupe (14 de 8 places et 2 de 16 places), toutes réservables en ligne, réparties en périphérie. Le centre de cette salle propose des places de travail classiques à proximité des collections et un espace cartothèque équipé de tables dédiées au travail sur cartes de grand format.
Le 3e et dernier étage, qui abrite les bureaux du personnel (24 places de travail), est également ouvert au public sous la forme d’un espace « lounge » qui dessert deux grandes salles de réunion, deux salles de formation des usagers et une salle multimédia à tableau tactile. Ces trois espaces ont été conçus pour une modularité maximale : chaises et tables sont roulantes et l’organisation de la salle peut ainsi s’adapter aux pratiques pédagogiques des formateurs mais aussi au nombre d’usagers.
L’inscription du SCD dans le projet
Avant cette extension, le SCD de l’université Paris 1, gérant 6 bibliothèques intégrées et un catalogue commun à 27 bibliothèques associées, présentait un nombre de m² d’espaces publics par étudiant particulièrement faible : avec 0,1 m²/étudiant, ses lecteurs, faute de place, se rabattaient souvent sur d’autres bibliothèques parisiennes. L’ouverture de la bibliothèque Hélène-Ahrweiler, ainsi nommée en hommage à la grande historienne byzantiniste et première présidente de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, est donc accueillie par ses usagers comme une respiration salutaire.
La préfiguration de la bibliothèque a, dès 2017, fait l’objet d’une mission confiée à un conservateur. À l’automne 2023, un groupe de travail permanent a été constitué afin d’apporter des réponses collégiales aux sollicitations et demandes d’avis de l’architecte. Composé d’une douzaine d’agents du SCD, il a travaillé à définir l’implantation des collections, l’organisation de certains espaces, l’installation du personnel dans ses bureaux, la signalétique en salle ou le fonctionnement du service public.
Le projet a induit des bouleversements majeurs dans l’organisation du SCD. La bibliothèque du site Pierre-Mendès-France (Paris 13e), autrefois pluridisciplinaire, voit partir en 2026 les publics et collections de SHS, après ceux du droit en 2019 (création en 2019 du campus Lourcine près de Port-Royal) : elle sera désormais une bibliothèque d’économie-gestion, à organiser autrement. Pour s’adapter à ce fonctionnement multisite et à la dispersion de l’effectif professionnel, il a fallu repenser entièrement l’organigramme, pour conférer un fonctionnement transversal efficient à l’ensemble de ses départements et services, qui travaillent désormais en réseau.
Les défis d’une ouverture en milieu d’année
Le bâtiment devait initialement être livré à l’université en mai 2025, avec un déménagement des collections et des personnels en juillet et une ouverture aux publics coïncidant avec la rentrée universitaire de septembre. Mais en raison de retards dans les travaux, la livraison n’a eu finalement lieu que le 18 décembre.
L’université a donc eu à relever le défi d’ouvrir un nouveau campus en milieu d’année universitaire, à la césure du 1er et du 2nd semestre, avec moins d’un mois entre la livraison du bâtiment et son ouverture au public. Les étudiants de SHS de Licence 1 et 2 changent de campus en cours d’année et cela impacte fortement les opérations de mise en route de la bibliothèque. En particulier, le déménagement de 2,2 km linéaires de collections depuis la bibliothèque Pierre-Mendès-France, nécessitant la fermeture complète des deux bibliothèques, ne pouvait être engagé qu’après la fin des examens : alors que le site a ouvert le 26 janvier pour la reprise des cours, la bibliothèque n’a donc été en mesure d’ouvrir que le 9 février, après transfert des collections.
Ce calendrier a impliqué, pour les équipes du SCD, un effort de communication particulier auprès des étudiants, dès les visites d'accueil et les formations de la rentrée universitaire 2025. Les équipes ont saisi cette opportunité pour détailler le projet et faire connaître la nouvelle bibliothèque avant son ouverture. Pour ce teasing, un mini-site web dédié, consulté 2 500 fois par plus de 900 visiteurs de novembre à mi-février, propose des informations, une chronologie, des photos, vidéos et interviews.
Avec son équipe d’environ 21 agents (7 postes créés et 14 transférés) présents sur le site depuis le 5 janvier, et 12 moniteurs étudiants recrutés en février, la bibliothèque Hélène-Ahrweiler accueillera ses usagers sur une amplitude de 64 h hebdomadaires (9h-20h en semaine et 10h-19h les samedis). Malgré les contraintes de calendrier et les défis logistiques, cette ouverture marque une étape décisive pour le SCD de Paris 1 et incarne pleinement les ambitions documentaires du campus Condorcet.
La bibliothèque Hélène-Ahrweiler en chiffres
Surface totale : 3 922 m²
Places assises : 720 (dont 144 en salles de groupe)
Linéaire disponible : 2 160 ml en salle, 1 400 en magasins
Collections :
• 60 000 monographies
• 1 800 DVD
• 105 abonnements de périodiques
• 23 000 cartes
• 5 300 thèses et HDR



