En septembre 2026, Agora, la nouvelle bibliothèque universitaire des sciences humaines et sociales de l’Université de Lille, ouvrira ses portes au public après trois années de travaux. Si son nom a de fortes consonances antiques, elle n’en est pas moins profondément ancrée dans son époque.
L’entrée du campus
Crédits photos Université de Lille
Historique et contexte
Ouverte en 1974 et située à Villeneuve d’Ascq sur le campus de Pont-de-Bois, la bibliothèque n’avait jusqu’alors bénéficié d’aucune rénovation d’ampleur. La complexité technique et le coût d’une telle opération en ont longtemps différé la réalisation : une surface totale à rénover de 17 000 m², un bâtiment truffé d’amiante, des magasins conçus avec une structure métallique autoportante ne garantissant pas le degré de résistance au feu nécessaire…
Les premières études de programmation remontent à l’année 2009 mais il aura fallu attendre 2020 et la fusion des universités lilloises pour que le tour de table financier puisse être finalement bouclé. Le budget global de rénovation s’élève à 44,4 M€. Les principaux financeurs sont la Région Haut-de-France (27 M€) et l’État (13.4 M€), dans le cadre d’un Contrat de plan Etat-Région (CPER), la Métropole européenne de Lille (MEL) contribuant à l’opération à hauteur de 4 M€, ainsi que l’Université de Lille.
Une gestion de projet exemplaire
En termes de gestion de projet, plusieurs choix forts ont été opérés. Pour commencer, la maîtrise d’ouvrage a été attribuée à l’Université de Lille, et au sein de cette équipe, le SCD s’est vu confier la maîtrise d’usage, concept récent qui en complément du binôme classique maîtrise d’œuvre / maîtrise d’ouvrage vise à assurer une meilleure prise en compte des besoins et attentes de l’utilisateur final. Un chef de projet a ainsi été recruté qui a été associé à l’ensemble des phases du projet, de la conception à la réalisation, et qui a pu jouer le rôle de courroie de transmission avec l’ensemble de l’équipe mobilisée au sein du SCD. De cette manière, toute l’expérience et le savoir acquis dans la gestion des autres sites (notamment LILLIAD et la BU Santé qui ont ouvert leurs portes en 2016) et les nombreuses enquêtes de public et observations de terrain menées ont pu être réinvestis dans Agora.
L’université a par ailleurs opté pour un marché global de performance (MGP). Ce type de portage permet de combiner conception-réalisation, exploitation et maintenance dans un seul et même contrat. Concrètement, le groupement d’entreprises retenu à l’issue d’une phase de dialogue compétitif se voit assigner des objectifs qu’il est tenu contractuellement de respecter sous peine de pénalités. Dans le cas d’Agora, le groupement lauréat s’est ainsi engagé à une réduction de 60 % de la consommation énergétique par rapport à la dernière année de référence (2017). Autre performance à saluer : une date d’ouverture au public conforme aux premières hypothèses, assortie d’une maîtrise stricte des coûts.
Dernier point, dans le cadre d’une rénovation, se pose bien sûr la question de la continuité de service. Question d’autant plus sensible dans le cas d’un campus de sciences humaines et sociales, où la documentation imprimée continue à jouer un rôle essentiel. L’université a donc pris la décision d’aménager une bibliothèque provisoire de 200 places assises et de transférer les 20 Km linéaire de collections dans des sites distants demeurant accessibles ; le principal d’entre eux étant situé à Laon, à 2 heures de route de Villeneuve d’Ascq. Tout au long des 4 années de fermeture de la BU SHS, les équipes de la bibliothèque ont assuré une navette deux à trois par semaine à la plus grande satisfaction de la communauté universitaire.
L’escalier monumental
Crédits photos Université de Lille
Une rénovation visant à magnifier l’architecture originelle
Rénover plutôt que construire, transformer et requalifier plutôt qu’ajouter de la surface. De telles problématiques ne sont pas nouvelles mais sont devenues centrales à la faveur de la crise environnementale : dans un projet conventionnel, 50 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) sont en effet liées à la construction de la structure.
Dans sa forme originelle, la bibliothèque, dont la construction s’est achevée en 1974 et dont la conception est due aux architectes Pierre Vago et André Lys, était organisée autour d’un patio central. Les façades n’offraient que très peu d’ouvertures sur l’extérieur et le rez-de-chaussée était extrêmement bas et sombre : il fallait monter pour découvrir les espaces de la bibliothèque.
L’architecte Marc Warnery, directeur de l’agence Carta - Reichen et Robert Associés (CARRA) qui a conçu le projet s’est efforcé de renouer le dialogue avec le campus et l’environnement urbain en créant des porosités, des transparences, aux angles du bâtiment, sous la forme de grandes baies vitrées.
Les espaces intérieurs ont également été profondément transformés. La couverture de l’ancien hall a été déposée et le bâtiment est désormais coiffé d’une immense verrière qui offre une lumière zénithale chaleureuse et agréable. Autour du vide central de l’atrium se déploie ce que l’architecte Marc Warnery appelle le « parcours lent » : un escalier monumental d’un jaune doré, bordé par un mur à livres, qui marque les circulations et ménage une succession de gradins et de confortables paliers. Il se connecte à chaque étage avec de généreuses terrasses.
Le livre au cœur du projet
Avec 800 000 documents et 20 km/linéaires de collections, une réserve patrimoniale comptant plus de 10 000 ouvrages dont plusieurs manuscrits médiévaux et incunables, Agora constitue à la fois la plus grande et la plus riche bibliothèque en sciences humaines et sociales au nord de Paris.
L’implantation des collections dans les nouveaux espaces a été entièrement repensée et structurée autour de cinq pôles thématiques pour offrir aux usagers un accès facilité aux 120 000 ouvrages en accès libre. Le fonds ancien pourra désormais être consulté dans une salle dédiée, mettant en lumière la figure des époux Agache-Desmedt, bibliophiles avertis et généreux mécènes du siècle dernier, qui en sont à l’origine. Fort de la conviction que le rôle d’une bibliothèque universitaire ne se limite pas au soutien à l’enseignement et à la recherche mais doit viser aussi à aiguiser la curiosité intellectuelle et l’esprit critique de ses publics, Agora s’attache par ailleurs à mettre en scène le livre tout au long du parcours de visite. Ainsi, dès l’entrée dans le bâtiment, en un clin d'œil appuyé au nom retenu pour la bibliothèque, la collection des Budé, éditée par les Belles Lettres, est implantée le long de l’escalier monumental au travers d’une scénographie soignée.
Enfin, Agora s’est donné pour objectif de fédérer à l’échelle du territoire des hauts de France l’ensemble des acteurs de la chaîne matérielle et immatérielle du livre et de l’édition au travers d’un vaste programme d’actions : valorisation du patrimoine documentaire ; soutien aux métiers, techniques et savoir-faire autour de l’objet édité ; organisation de rencontres entre acteurs de la chaîne du livre et promotion de la création littéraire.
Usages studieux ou informels : une même attention au confort
Au-delà de la fonction documentaire, Agora déploie tout un ensemble de services visant à répondre à la diversité des usages avec une même exigence de confort, que ces derniers soient studieux ou informels : côté étude, des places individuelles face mur et d’autres avec séparateurs frontaux pour aider à la concentration, des bureaux réglables en hauteur dans certaines zones pour s’adapter à tous types de morphologie, des box individuels, des salles de travail en groupe, etc. ; côté détente et convivialité, une cafétéria de 100 places assises avec terrasse gérée par le CROUS, un espace « quartier libre » offrant aux étudiants une vaste zone d’assises à même le sol avec tapis et tables basses ainsi que des jeux de sociétés en accès libre, des coins sieste, etc.
Des services à forte valeur ajoutée
A côté de cette offre, Agora se singularise par trois services à forte valeur ajoutée.
- Un learning lab, conçu dans une démarche de co-design avec la communauté universitaire, axé sur l’apprentissage basé sur l’objet, entre autres sur l’objet documentaire mais pas seulement, dans le but de favoriser l’acquisition de compétences dans le domaine des sciences humaines et sociales, et au-delà. Les enseignants pourront expérimenter de nouvelles modalités d’enseignement, articulant supports physiques et outils numériques et recourir à des technologies immersives. L’objectif est de fédérer une communauté d’usage et d’accompagner la dissémination de nouvelles pratiques pédagogiques.
- Un espace réservé aux doctorants et aux jeunes chercheurs intitulé Hypothèse. Dans le domaine des sciences humaines et sociales, où les doctorants connaissent souvent des situations d’isolement, cet environnement partagé vise à encourager les interactions, l’émulation, l’entraide et la dynamique collective. On y trouvera d’une part des espaces de travail au confort soigné, avec une gamme d’équipements et de services étendus et d’autre part, des espaces de détente et de convivialité dont une cuisine partagée.
- Un espace consacré au partage des savoirs, à l’animation culturelle et aux expositions. L’ambition affichée est de disposer d’un équipement de taille suffisante pour servir, soutenir et accompagner une véritable politique de rayonnement, dépassant le seul cadre universitaire. La dynamique engagée avec les partenaires culturels de la métropole lilloise commencera à se concrétiser dès 2027 avec une exposition d’œuvres issues des collections du Fonds Régional d’Art Contemporain (FRAC) Grand Large – Haut de France de Dunkerque, sélectionnées par une promotion d’étudiants du master Arts et au printemps, par l’accueil d’une exposition coordonnée entre le Palais des Beaux-Arts de Lille et l’université, en lien étroit avec les chercheurs en égyptologie. Ces deux expositions feront largement appel aux ouvrages et fonds d’archives de la bibliothèque.
Un nouveau chapitre à écrire avec et pour les usagers
Proposer une démarche environnementale ambitieuse tout en créant les conditions d’un maintien des performances sur la durée ; rénover et transformer en respectant l’architecture d’origine ; accueillir des pratiques nouvelles sans figer les usages du lieu : ainsi pourrait-on résumer les grands enjeux de ce nouveau chapitre qui s’ouvre pour la BU SHS. Une histoire qui continuera à s’écrire avec et pour les étudiants et enseignants-chercheurs de l’Université de Lille.


