Vers une bibliothèque protéiforme : s’y adapter, s’y former

DOI : 10.35562/arabesques.624

p. 3

Index

Mots-clés

éditorial

Text

Image

Rêvons un peu : l’accès à l’information deviendrait si simple, si intuitif, qu’il n’y aurait plus à former les utilisateurs ; ils trouveraient toujours une information pertinente, au bon moment, bien contextualisée.

Rêvons encore : l’organisation de l’information est nativement structurée, adossée à des référentiels interconnectés, accessible via des interfaces qui anticipent nos besoins, à bon escient, sans arrières pensées – mercantiles ou autres.

Rêvons toujours : tous les contenus, tous les savoirs seraient librement accessibles à tous – plus d’acquisitions à effectuer, plus de gestion des droits numériques (DRM) – tous les savoirs du monde à la portée de tous.

La bibliothèque ne s’arrête plus aux documents. Le moindre objet, le moindre lieu, le moindre concept est décrit, représenté, il peut être visualisé au travers d’un nombre quasi infini de prismes – chronologiques, géographiques, économiques, sociologiques, artistiques, littéraires… – personnels et personnalisés.

Les barrières linguistiques seraient surmontées, les traductions toujours pertinentes. Les seules limites seraient celles de notre imagination… La bibliothèque devient universelle et omniprésente au point que l’on oublie son existence.

Nous sommes bien loin de ce Graal informationnel, mais nous en entrevoyons des signes. Graal, chimère ou cauchemar ? Chacun dira. Mais pour sûr, en attendant, il faudra continuer de former, d’accompagner les utilisateurs. Comme bien d’autres, et probablement plus que d’autres, les bibliothécaires contribuent à l’édification d’un nouvel univers informationnel. Les qualifications nécessaires sont très diverses, exigeant à la fois polyvalence et spécialisation, technicité et vision stratégique. A n’en pas douter, les métiers et les pratiques de ceux qui entament aujourd’hui leur vie professionnelle connaîtront des transformations bien plus importantes que celles qu’ont connues leurs aînés. Non seulement la formation initiale sera plus exigeante, mais la formation tout au long de la vie encore plus indispensable. D’ores et déjà, les professionnels sont soumis à des injonctions contradictoires : ils doivent gérer l’ancien monde, tout en contribuant à construire – avec d’autres – le nouveau. Certains repères deviennent mouvants, incertains, évanescents, d’autres s’imposent subitement sans que l’on sache s’ils sont pérennes ou fugitifs. Les rôles sont renversés, les genres mêlés, les métiers poreux, les concepts de bibliothèque ou de collection mouvants au point d’en devenir incertains.

Derrière une simplicité de façade et une interface unifiée – l’écran –, la complexité est chaque jour croissante. Comment former les professionnels et les utilisateurs dans un tel environnement ? « Il est temps de faire la révolution », proclame Yves Alix, nouveau directeur de l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (Enssib), au sujet de la formation initiale et continue des professionnels – et certainement au-delà.

Dans une bibliothèque protéiforme, omniprésente au point d’en devenir invisible (sauf le jour où elle vient à manquer), comment convaincre le public du besoin de se former, lui faire comprendre qu’au-delà de l’information immédiatement accessible, dont il tendrait à se satisfaire, il existe une information qui lui serait bien plus utile ? Faut-il former à l’utilisation des ressources de sa bibliothèque, valoriser les ressources que l’on a soi-même acquises – ou au contraire valoriser les ressources librement accessibles ? Plutôt que de former les utilisateurs, ne faut-il pas surtout œuvrer à convaincre les enseignants d’intégrer les pratiques informationnelles dans chaque enseignement ? Comment convaincre les auteurs d’ouvrir l’accès à leurs publications ? Comment sensibiliser les « publiants » aux enjeux du droit d’auteur ? Comment construire, reconstruire, adapter les espaces aux nouvelles pratiques ? Apporter des éléments de réponse, dresser un état de l’art en matière de formation aux compétences informationnelles est une tâche d’autant plus ardue que le sujet est particulièrement vaste et mouvant. Espérons que les réflexions et retours d’expérience présentés dans cette livraison d’Arabesques vous apparaissent comme une contribution utile, une ouverture sur un sujet inépuisable.

Illustrations

References

Bibliographical reference

Jérôme Kalfon, « Vers une bibliothèque protéiforme : s’y adapter, s’y former », Arabesques, 81 | 2016, 3.

Electronic reference

Jérôme Kalfon, « Vers une bibliothèque protéiforme : s’y adapter, s’y former », Arabesques [Online], 81 | 2016, Online since 17 juillet 2019, connection on 09 décembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=624

Author

Jérôme Kalfon

Directeur de l’Abes

Author resources in other databases

By this author

Copyright

CC BY-ND 2.0