BiblioDebout

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Texte

Initiative du collectif SavoirsCom11, la BiblioDebout est une bibliothèque participative en plein air dont le fonds se constitue grâce aux dons des publics. Ses deux principes fondamentaux sont le partage et la circulation du savoir.

L’idée n’est pas nouvelle et les influences sont nombreuses – on peut citer par exemple la Bibliothèque du peuple d’Occupy Wall Street, celle du Parc Gezy à Istanbul, ou encore le concept des Bücherschränke en Allemagne… – mais la BiblioDebout est la première bibliothèque participative à faire un lien direct avec la notion de « Commun » : une communauté se rassemble pour prendre en charge une ressource, la mettre en partage et en assurer sa pérennité2.

La première BiblioDebout est apparue début avril, dès la deuxième semaine du mouvement NuitDebout, Place de la République à Paris. Le succès est immédiat : à la fin du premier weekend, on comptabilise déjà près d’un millier de dons.

Très vite aussi, le groupe de « gestionnaires » initial s’élargit pour accueillir des personnes de tout âge et de tout horizon : étudiants, journalistes, chômeurs, libraires…

L’initiative est aujourd’hui complètement autonome et la BiblioDebout s’est développée, au-delà de la capitale, dans bien d’autres villes en France : Toulouse, Lyon, Montpellier, Marseille, Rennes… Les points communs avec la gestion d’une bibliothèque « classique » existent, bien sûr : étiquetage et « marquage » des ouvrages (ce qui permet de laisser une trace de leur passage dans la BiblioDebout), recueil des suggestions des usagers (on trouve par exemple des demandes de livres pour apprendre le français, notamment de la part des migrants), médiation et conseils aux lecteurs... La BiblioDebout toulousaine a même mis en place un système de catalogage pour signaler ses « collections », quand bien même la cohérence et la stabilité du fonds ne peuvent être garanties et le système de prêt est inexistant. Il s’agit ainsi de gérer un flux plutôt qu’un stock. En outre, à Paris, les membres de BiblioDebout ont choisi de ne pas effectuer de sélection sur les ouvrages en acceptant et en mettant à disposition tous les dons. L’idée est d’éviter tout tri politisé. Depuis sa création, la BiblioDebout semble bien fonctionner. La majorité de ses usagers joue le jeu du partage et de la réciprocité, et l’initiative est fortement soutenue par les membres de NuitDebout : elle a ainsi rejoint le groupe des « Commissions structurelles » du mouvement3.

Finalement, les seules vraies contraintes proviennent des pouvoirs publics locaux. En effet, les municipalités interdisent la mise en place de structures pérennes, ce qui implique de reconstruire la Bibliothèque à chaque nouvelle mobilisation. Plus fâcheux : après la manifestation du mardi 14 juin contre la Loi Travail, la BiblioDebout lyonnaise s’est vue obligée de plier boutique pour « occupation du domaine public sans autorisation ». Cette interdiction policière est une première depuis le début de l’initiative et dans le climat national actuel, il faut sans doute s’attendre à d’autres prohibitions de ce genre. Mais nos ingénieux BiblioDebouthécaires ne tomberont pas si facilement : les astuces sont encore nombreuses pour continuer de partager le savoir en public en toute liberté !

Merci à Lionel Maurel, juriste et bibliothécaire, membre du collectif SavoirsCom1, pour l’éclairage apporté.
Contact : calimaq@gmail.com

Au revoir et merci !

Après trois années passées à l’Abes – et quatre numéros d’Arabesques –, je suis appelée vers d’autres horizons. Grand merci aux collègues du comité de rédaction, à Anne Ladevie et à l’ensemble des contributeurs avec qui j’ai eu la chance et le plaisir de travailler au cours de ces quatre numéros !
Marion Grand-Démery

Image

Phot. Charlotte Henard (CC-BY SA 2.0)

1 SavoirsCom1 est un collectif engagé pour le développement de politiques et d’initiatives liées aux communs de la connaissance : http://www.

2 A ce propos, lire le billet de Lionel Maurel sur son blog S.I.Lex : https://scinfolex.com/2016/05/11/

3 Les Commissions structurelles sont l’ensemble des services gravitant autour du mouvement NuitDebout ; on y trouve par exemple la Commission

Notes

1 SavoirsCom1 est un collectif engagé pour le développement de politiques et d’initiatives liées aux communs de la connaissance : http://www.savoirscom1.info/

2 A ce propos, lire le billet de Lionel Maurel sur son blog S.I.Lex : https://scinfolex.com/2016/05/11/en-quoi-labibliodebout-constitue-t-elle-un-commun/

3 Les Commissions structurelles sont l’ensemble des services gravitant autour du mouvement NuitDebout ; on y trouve par exemple la Commission Restauration et la Commission Infirmerie.

Illustrations

Phot. Charlotte Henard (CC-BY SA 2.0)

Citer cet article

Référence papier

Marion Grand-Démery, « BiblioDebout », Arabesques, 83 | 2016, 27.

Référence électronique

Marion Grand-Démery, « BiblioDebout », Arabesques [En ligne], 83 | 2016, mis en ligne le 19 décembre 2019, consulté le 30 novembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=657

Auteur

Marion Grand-Démery

AbesDebout

grand-demery@abes.fr

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