20 ans, le bel âge !

DOI : 10.35562/arabesques.874

p. 8-9

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20 ans déjà que les deux agences bibliographiques que sont l’Abes et la BNF jouent en boucle la chanson de Jeanne Moreau : elles se sont connues, reconnues, perdues de vue, séparées, retrouvées, le tout au gré des péripéties qui ont fait l’histoire des catalogues collectifs nationaux et des guerres de religions bibliographiques. Mais à l’occasion de cet anniversaire, plutôt que de relater les épisodes des précédentes saisons, intéressons-nous plutôt au présent et à l’avenir.

Vue de la Bibliothèque nationale de France (BNF), l’Abes fait toujours l’effet d’une jeunette qui sent le sable chaud et qu’on jalouse secrètement. 20 ans à peine, à deux pas de la mer, peuplée d’autant d’informaticiens bronzés que de bibliothécaires au teint frais, quelle chance, se dit-on à Paris ! Au regard des siècles qui pèsent sur la vieille dame de la rue de Richelieu et face au vertige un peu écrasant des tours de verre de la citadelle de Tolbiac, l’Abes donne l’image d’une entreprise à taille humaine, presque une start-up californienne, à la pointe des questions nouvelles et compliquées.

On la regarde comme une organisation agile, capable de s’interroger collectivement, de s’adapter continuellement aux besoins des établissements qu’elle sert et aux enjeux de politique publique. N’a-t-elle pas réussi l’exploit de fédérer efficacement autour du Sudoc un réseau qui fonctionne par-delà les spécificités des administrations, des régions, de leurs catalogues et de leurs fromages ? Et sous l’impulsion de la Mission de l’Information scientifique et technique et du Réseau documentaire (MISTRD), Raymond Bérard n’est-il pas arrivé, en grand stratège, à élargir considérablement ses missions d’opérateur national ? En quelques années, l’Abes est devenue beaucoup plus qu’une agence bibliographique.

Ses célèbres journées au Corum de Montpellier sont devenues un rendez-vous incontournable pour la profession. On n’y parle plus trop de catalogage, ou plus de la même façon : les données, au sens large, y sont abordées à travers des projets et avec une hauteur de vue qui témoigne d’une vision beaucoup plus politique de l’évolution du métier. Quand on en revient, on se dit que, bronzés ou pas, les agents de l’Abes ne chôment certainement pas pour conduire ces chantiers titanesques et préparer l’avenir à travers des projets aussi complexes dans leur montage que lourds d’enjeux économiques.

Un grand remue-méninges…

Les 18 et 19 février derniers, une délégation de la BNF prenait le célèbre TGV qui relie l’Abes au reste du monde pour deux jours de remue-méninges. Au programme :

  • les fichiers d’autorité (comment rapprocher les référentiels qui joueront un rôle pivot dans le web sémantique ?) ;
  • les identifiants (comment aligner des référentiels sans avoir à les produire dans le même système ?) ;
  • l’impact juridique et technique de l’ouverture des données (l’Abes et la BNF ont fait le même choix de licence pour leurs métadonnées, celui de la licence ouverte de l’État, préconisée par la mission Etalab) ;
  • la dématérialisation des demandes du réseau Sudoc-PS au centre ISSN France (n’est-il pas temps d’arrêter de s’envoyer des courriers postaux ?) ;
  • une concertation nouvelle autour de l’EAD (qui s’impose résolument en France comme le format de description des documents non publiés : archives et manuscrits) ;
  • et, bien sûr, les échanges attendus sur la structuration et la normalisation des données de demain (FRBR, RDA, ces grands combats !) et sur de nouveaux protocoles d’échange et de partage de ces mêmes données (mais qu’est-ce donc qu’un requêteur SPARQL ?).

… et une coopération renforcée

Derrière cet inventaire à la Prévert se joue, encore un peu à l’aveugle, faute de recul, l’invention d’une nouvelle coopération dont le web sémantique est la toile de fond. Le 14 avril dernier, le Comité stratégique bibliographique (où siègent les directions de l’Abes et de la BNF au côté de représentants de leurs tutelles respectives) se réunissait pour valider les grands axes d’un nouveau projet de convention entre les deux établissements. Signe des temps, la précédente convention, qui datait de 2011, a changé de nom, passant de « convention sur l’échange de données » à « convention de coopération » tout court, témoignant d’une volonté conjointe d’avancer dans le même sens, sans se restreindre aux transferts de notices de la Bibliographie nationale française que produit la BNF vers le catalogue du Sudoc. Dans un article prospectif de cette convention, qui pose les fondements de la collaboration, les parties indiquent aspirer « à la mise en œuvre d’une stratégie nationale de mutualisation, de diffusion, de valorisation et de réutilisation des métadonnées qu’elles produisent et qu’elles gèrent, au service de la communauté nationale et internationale ».

Sont également affirmés trois principes essentiels de cette collaboration :

  • assurer l’ouverture juridique et la gratuité de réutilisation des métadonnées, en conformité avec la politique gouvernementale d’ouverture des données publiques ;
  • participer au développement d’un écosystème d’opérateurs publics et privés dans le domaine des métadonnées, qui contribue à limiter la formation de marchés captifs et de monopoles dans ce secteur ;
  • expérimenter et favoriser l’adoption par la communauté professionnelle des standards et des technologies du web sémantique, qui constituent la trajectoire commune de leurs stratégies respectives pour l’évolution de leurs missions de signalement.

Au-delà des bonnes intentions, ces engagements validés par les pouvoirs publics sont le signe que l’Abes et la BNF partagent aujourd’hui des valeurs fortes et que leur collaboration « bibliographique » ne se résume pas à une discussion entre techniciens. L’avenir des bibliothèques et leur place dans la nouvelle économie du savoir passera par la valorisation et la réutilisation de leurs métadonnées dans le web. Cela, l’Abes l’a parfaitement compris. On souhaite à son nouveau directeur et à ses équipes beaucoup de courage ainsi que le plein soutien de leur réseau et de leurs partenaires pour relever les défis majeurs qu’implique la mise en œuvre de ses objectifs de mutation dans les prochaines années.

Le tourbillon de la vie, chanté par Jeanne Moreau dans Jules et Jim de François Truffaut, un clin d’œil aux relations entre la BNF et l’Abes au fil des ans.

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Breve Storia del Cinema / Flickr (CC BY 2.0)

Illustrations

Le tourbillon de la vie, chanté par Jeanne Moreau dans Jules et Jim de François Truffaut, un clin d’œil aux relations entre la BNF et l’Abes au fil des ans.

Le tourbillon de la vie, chanté par Jeanne Moreau dans Jules et Jim de François Truffaut, un clin d’œil aux relations entre la BNF et l’Abes au fil des ans.

Breve Storia del Cinema / Flickr (CC BY 2.0)

References

Bibliographical reference

Gildas Illien, « 20 ans, le bel âge ! », Arabesques, 75 | 2014, 8-9.

Electronic reference

Gildas Illien, « 20 ans, le bel âge ! », Arabesques [Online], 75 | 2014, Online since 07 janvier 2020, connection on 19 octobre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=874

Author

Gildas Illien

Directeur du département de l’Information bibliographique et numérique, Bibliothèque nationale de France

gildas.illien@bnf.fr

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