Échos du réseau

Ohé ! Du réseau… carnet de voyage

DOI : 10.35562/arabesques.872

p. 7

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L’Abes a 20 ans ! J’aime bien l’Abes, j’aime bien les gens qui y travaillent, je me sens dans le réseau comme un poisson dans l’eau. On ne peut pas s’attendre à ce que je sois objective et je ne prétendrai pas l’être.

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Mark Kenny / Flickr (CC BY-NC-SA 2.0)

Mon voyage a commencé en 2001 et je n’ai pas connu l’avant-Sudoc. Ou plutôt, j’ai connu cet « avant » comme étudiante tentant en vain de rédiger un mémoire avec les maigres outils de l’époque. Notre histoire aurait pu mal commencer. J’en veux à l’Abes de ne pas l’avoir ouvert plus tôt son catalogue collectif.

Le lien est d’autant plus fort que ma première bibliothèque d’affectation n’avait plus de catalogue propre et peu de documentation en libre accès. Le Sudoc était le seul reflet de nos collections, le travail du réseau immédiatement perceptible. Je me souviens avoir pourri un collègue (pardon, collègue !) qui avait transformé la description de notre document de 1821 en réédition de 2001 – impossible pour le chercheur qui travaillait dessus de retrouver son livre. Difficile de passer ensuite à un SIGB classique : il y avait un côté Shadok à recharger en local le travail produit au Sudoc.

Plongée dans les flots

Comme beaucoup, j’ai été formée à WinIBW par les collègues, qui avaient chacun leurs petites astuces. Ce n’est que bien plus tard que j’ai suivi LA formation à WinIBW et exploré les méandres de notre logiciel, aussitôt désireuse de transmettre mes nouvelles connaissances à d’autres.

J’ai appris aussi et surtout grâce à notre fameuse liste de diffusion Sucat. J’y ai apprécié la réactivité de l’Abes et la solidarité du réseau de catalogueurs. 4 000 personnes susceptibles de dialoguer là-dedans, c’est un sacré espace d’échanges. L’Abes pendant mes années de novice, c’était d’abord ça : une bouée de sauvetage dans un océan de champs Unimarc et de normes bibliographiques.

Je n’ai qu’une vue partielle de l’activité de l’Abes : je n’ai jamais mis le nez dans Calames, je comprends mal le fonctionnement des API, j’ai entr’aperçu Star en passant. Mais j’aime l’idée que derrière le navire amiral, toute une flotte de caravelles trace son chemin. L’agence est représentative des richesses de nos bibliothèques et à l’écoute de tous les besoins, pros ou publics.

E la nave va…

L’élargissement considérable des missions dévolues à l’Agence a modifié la relation de proximité que le catalogueur des années 2000 avait pu développer avec « son » pôle (méta)données. Le Sudoc est en mode croisière, il n’est plus la priorité.

Parallèlement, les moyens de communication qui ont essaimé dans le web social abolissent les distances et permettent au réseau de développer son potentiel, plus que jamais. Les initiatives ne manquent pas : nous avons poussé à l’enrichissement des notices de ressources électroniques fournies par les éditeurs, la Sorbonne vient d’achever un chantier considérable de reprise du signalement des « Pléiade »...

J’en ai fait l’expérience, rien n’est aussi profitable qu’une session en présentiel. L’éloignement géographique n’est cependant plus un obstacle : documents partagés en ligne, séances sur une plateforme de messagerie instantanée ou visioconférence, et vogue la galère. Cette force nous permet de gagner en efficacité, de partager nos expériences de terrain et notre veille. Et, avec un peu de chance, de voir nos propositions validées dans des délais raisonnables !

En émancipant progressivement le réseau, l’Abes a su gérer l’élargissement de ses fonctions tout en investissant les réseaux sociaux pour maintenir le contact. C’est finalement de notre côté que la transition est plus laborieuse, on ose à peine jouir de cette nouvelle autonomie, l’encadrement fort apporte un certain confort dont il est difficile de faire le deuil. Le réseau de catalogueurs a parfois la saudade de ce temps où il était au cœur de l’activité de l’Agence.

Du chalutier au paquebot

J’ai mûri et l’Abes aussi. Je ne porte sans doute plus un regard aussi naïf qu’à mes débuts sur le rôle de l’Agence et j’entrevois mieux les aspects politiques de son fonctionnement. L’autonomie du réseau va aussi de pair avec l’autonomie des universités. Le capitaine n’est plus le seul maître à bord, et ce n’est plus un chalutier qu’il commande mais un paquebot. Prenons garde cependant à ce que l’Abes ne devienne pour les jeunes générations de professionnels un prestataire de services parmi d’autres !

Je balance comme beaucoup entre regret du confort perdu et excitation devant les défis à relever, dans lesquels j’ai pu me glisser parfois. J’ai vu passer quelques flops dans l’histoire : portail Sudoc, projet ERMS et dernièrement Numes. Sans vouloir jouer l’oiseau de mauvais augure, il y en aura d’autres. Parce que, comme disait ma maman quand on cassait un verre en faisant la vaisselle, « seuls ceux qui ne font rien ne font jamais d’erreur ».

J’ai vu l’Abes essuyer quelques tempêtes, rectifier la trajectoire, hisser de nouveau la grand-voile.

Treize ans de navigation commune, pourvu que ça ne nous porte pas malheur ! Les choix d’aujourd’hui détermineront le rôle que jouera demain l’Agence dans notre environnement professionnel.

À Montpellier, ce n’est pas le vent qui manque pour faire avancer le trois-mâts. Hisse et ho ! On a encore quelques océans à parcourir ensemble !

Merci à Thomas Colombéra pour sa relecture attentive

Illustrations

Mark Kenny / Flickr (CC BY-NC-SA 2.0)

References

Bibliographical reference

Emilie Liard, « Ohé ! Du réseau… carnet de voyage », Arabesques, 75 | 2014, 7.

Electronic reference

Emilie Liard, « Ohé ! Du réseau… carnet de voyage », Arabesques [Online], 75 | 2014, Online since 07 janvier 2020, connection on 25 octobre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=872

Author

Emilie Liard

SCD de l’Université de Poitiers, catalogueuse, ex-correspondante catalogage, formatrice-relais à WinIBW, formatrice aux prérequis à l’évolution des catalogues, membre du groupe de travail « Catalogage et production de métadonnées » pour le SGBM.

emilie.liard@univ-poitiers.fr

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