Fatima de Philippe Faucon

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Cher Philippe Faucon, Je ne vous connais pas, je découvre votre œuvre, pourtant déjà abondante, avec Fatima. J’ai vu ce film le dimanche 6 décembre 2015, soit pas longtemps après les attentats criminels de Paris.

Merci. Merci pour cette humanité, j’avais d’abord pensé : à hauteur d’homme, mais non, c’est à hauteur de femme. De ces trois femmes, une mère, deux filles, qui inventent, chacune à leur manière, comment se tenir debout. Une mère, Fatima, deux filles, Souad et Nesrine. Un père divorcé qui répond présent, qui, comme on dit au fond si justement (par exemple en escalade), « assure ».

 

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Une femme, Fatima, femme de ménage, qui fait quoi, un, deux pleins-temps, pour que ses filles vivent dignement, pour que son aînée puisse commencer ses études de médecine, qui lui apporte de quoi faire des repas de la maison. Qui parle mal le français, qui commence à apprendre à l’écrire. Qui veut le meilleur pour ses filles, qui écrit le soir en arabe sur ses cahiers, qui est dans sa tradition, dans son histoire, et dans le présent, en France, à Givors.

Une fille, Nesrine, l’aînée, la jeune fille sérieuse, qui va avoir un appartement à Lyon pour mieux étudier, qui, comme tant d’étudiants en première année de médecine, est partagée entre l’envie d’y arriver et l’épuisement, une fille qui fait de belles rencontres (les copines, un garçon, le médecin de famille), qui rencontre aussi la mesquinerie envieuse des voisines maghrébines. Qui en tire la rage (il me semble bien qu’elle dit « la haine ») de réussir. Et qui réussit.

Une fille, Souad, adolescente rebelle, aux limites de la rupture avec le collège, insultante parfois avec sa mère tant, à travers elle, c’est son narcissisme fragile qui souffre. Une fille qui, malgré, voire avec sa violence verbale, ouvre les yeux de sa mère sur une vie qu’elle ne vit plus pour elle. Une fille drôle aussi, avec ses réponses du tac au tac, la vivacité de son intelligence hors cadre.

Les dialogues sont des merveilles, dans le jeu des langues (le français, l’algérien) emmêlées au point que par moments on ne s’en rend plus compte.

Fatima, le film, montre aussi comment l’on vit dans des espaces plutôt réduits, la place de la chambre et du lit : lieu d’écriture pour Fatima, lieu des confidences entre mère et filles, entre filles et mère aussi parfois, même si les filles vivent avec l’écart des cultures, en particulier par rapport aux garçons.

J’ai vu ce film avec des amis, nous avons ri parfois (les sorties de Nesrine), nous avons pleuré aussi, plus ou moins tôt. Pour ma part, ce fut lorsque Fatima fait la lecture de ses cahiers à la femme médecin à laquelle on l’adresse suite à son accident de travail. Ce fut encore lorsque Fatima fait la lecture de son cahier à Nesrine, son aînée qui n’est pas sûre de comprendre. Sans doute n’avait-elle jamais imaginé que sa mère écrivait, jamais imaginé cette profondeur poétique chez cette mère courage.

Cher Philippe Faucon, merci de cette humanité, de ce film qui n’est pas prêt de me quitter.

Illustrations

 

References

Bibliographical reference

Jean-Marc Talpin, « Fatima de Philippe Faucon », Canal Psy, 113/114 | 2015, 6.

Electronic reference

Jean-Marc Talpin, « Fatima de Philippe Faucon », Canal Psy [Online], 113/114 | 2015, Online since 07 décembre 2020, connection on 09 décembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/canalpsy/index.php?id=1462

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Jean-Marc Talpin

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