Si loin, si proche. Faire de la distance un atout pédagogique

DOI : 10.35562/arabesques.1941

p. 14-15

Text

Depuis un an déjà, le pôle Formation-Documentation de l’ABES propose des actions de formation sous forme de webinaires.

Ce sont des modules de formation ou d’information qui se déroulent en direct sur Internet et prennent la forme d’une présentation de diaporamas ou d’une démonstration d’un outil, complétée par les commentaires sonores des animateurs. Les participants, qui s’y sont préalablement inscrits peuvent poser des questions ou répondre à de petits sondages durant la présentation.

En se lançant dans cette nouvelle pratique, le pôle n’a pas succombé aux sirènes de la modernité, ou du « marketing internet ». Elle s’est logiquement avérée être la méthode la mieux adaptée pour accompagner la prise en main des applications professionnelles lorsque le public à former est nombreux et pour répondre de façon équitable aux besoins de tous les établissements, y compris ceux aux faibles budgets formation.

Inaugurée avec le lancement de la nouvelle version de Webstats (le système de pilotage des applications de l’ABES), confirmée lors des déploiements de nouvelles bibliothèques dans les réseaux Sudoc et Calames début 2010, l’offre de formation à distance par webinaires a été proposée à nouveau avec succès d’octobre à décembre, aux utilisateurs professionnels de l’application Star.

Au-delà du gain de temps évident que représente un stage à distance, les bénéfices que peut retirer le stagiaire de ce type de formation sont multiples.

De par son organisation dans l’espace (la formation a lieu depuis n’importe quel poste de travail) et dans le temps (courts modules au lieu d’une session de plusieurs jours) la formation à distance s’intègre parfaitement dans le quotidien du stagiaire.

Bien sûr cette absence de rupture avec l’environnement de travail peut être au début perturbante, car les périodes de formation sont généralement perçues comme un moment privilégié, loin du cadre habituel et propice à la concentration et à l’acquisition de nouvelles connaissances. Or avec la formation à distance, c’est le stage qui vient au stagiaire et non plus l’inverse. Ce basculement dans la logique de formation ne doit pas pour autant lui faire perdre son statut de temps d’apprentissage. Le stagiaire choisira de s’isoler ou de travailler en groupe, mais dans tous les cas, il comprendra que de la même façon qu’en présence du formateur, il a face à lui un cours construit selon une progression pédagogique, animé par un support visuel et un discours.

Même si aucune rupture géographique n’est opérée, la formation mérite toujours une attention totale et le stagiaire est encouragé à marquer une rupture avec son temps de travail (porte fermée, bureau à part, messagerie et téléphone inactifs). Il peut alors suivre le cours, avec tous les avantages que représente le fait de se trouver dans son environnement personnel.

Pas de nouveaux locaux à s’approprier ni de cadence différente à adopter : tout lui est déjà familier, ce qui d’emblée lui donne confiance pour se consacrer au contenu. Il utilisera ses outils de travail, enregistrera les documents partagés sur son poste informatique, consultera les documents dont il a besoin à tout moment…

Et dès la fin de la séquence, le stagiaire pourra retravailler le sujet, l’approfondir, reprendre ses notes, mettre en pratique les conseils reçus, sans attendre d’être de retour chez lui. On évite ainsi l’écueil du temps de retour de stage consacré au rattrapage du travail laissé en suspens pendant l’absence du stagiaire, et qui a pour effet de lui faire perdre la dynamique dans laquelle le stage l’a placé.

On pourrait penser que le stagiaire « en distanciel » ne bénéficie pas de l’émulation du groupe : bien que connecté avec des dizaines d’autres participants, seul devant son écran il peut en effet avoir l’impression de suivre un cours particulier.

Cependant, dès lors qu’il s’associe avec un ou plusieurs collègues pour suivre le webinaire, spontanément des échanges s’installeront au sein de ce groupe. La plateforme utilisée par l’ABES permet d’ailleurs à chacun de désactiver temporairement son micro pour dialoguer en aparté avec les collègues présents.

Le dispositif de formations à distance de l’ABES s’articule autour de deux outils : une plateforme, type LMS (Learning Management System) dont vous reconnaissez le visuel ci-dessous, destinée à la consultation de documents pédagogiques, et une plateforme d’enseignement à distance d’où nous pratiquons nos « webinaires », en mode synchrone.

Autour du webinaire naissent des échanges, et pourquoi pas un débat interne à ce groupe qui s’est provisoirement coupé des autres participants, ce qui ne pourrait se faire « en présentiel » sans perturber le déroulement du cours. Et c’est aussi là un avantage de la formation à distance : tous les membres d’une même équipe peuvent y participer, là où les budgets limiteraient l’envoi en stage du seul responsable.

Ainsi, tel que nous l’avons constaté à l’occasion des webinaires de présentation de la nouvelle version de Star, certains stagiaires décident avec leur équipe de banaliser la demi-journée autour du webinaire : suivi à plusieurs, il vient s’intégrer dans un programme de travail, au même titre qu’une réunion ou un atelier. Après le webinaire, les stagiaires restent ensemble pour mettre en pratique ce qu’ils viennent d’apprendre, et décider à la lumière d’une démonstration concrète des changements dans leur organisation. Un stage, c’est une dynamique dans laquelle s’inscrit chaque stagiaire individuellement.

Le stage en distanciel, pratiqué dans ces conditions, permet de maintenir le stagiaire dans cette dynamique, désormais enrichie par la confrontation concrète et immédiate avec son environnement de travail.

Bien sûr l’attention en distanciel est plus limitée qu’en présentiel, et les modules proposés à distance sont donc d’une durée maximale de 45 minutes chacun. Ces modules plus souples s’intègrent d’autant mieux dans la semaine de travail du stagiaire. L’ABES propose ces modules de deux façons différentes : un parcours de modules à distance, pour accompagner la prise en main d’un nouvel outil (Webstats, Star) ou bien un ou plusieurs module(s) de présentation préalable(s) à un stage en présentiel (intégration de nouvelles bibliothèques dans les réseaux Sudoc ou Calames).

Dans le premier cas, tout l’apprentissage a lieu à distance, chaque module étant consacré à un thème bien précis. L’avantage que présentent de courtes formations en distanciel réside dans la possibilité de suivre « à la carte » un ou deux points sur lesquels un besoin se fait sentir. On n’est plus obligé de suivre dans son ensemble une formation en présentiel mais on participe uniquement aux modules par lesquels on est concernés. Avec cette liberté, les formations deviennent accessibles aux agents peu mobiles pour raisons familiales ou de service. La possibilité de choisir les modules incite par ailleurs l’agent à identifier ses besoins et définir ses attentes : il s’interroge, il construit son propre parcours. La formation qui gagnait déjà en souplesse gagne également en pertinence.

Dans le deuxième cas, la séquence en distanciel permet au stagiaire une première approche de l’application sur laquelle il viendra ensuite se former : il aborde ainsi l’outil de chez lui, de façon plus sereine, et le laps de temps entre le distanciel et le présentiel lui permet de s’exercer, de pratiquer l’outil, de vérifier sa maîtrise des prérequis. La séquence rassure de même qu’elle amorce. Ce n’est alors plus un stagiaire passif qui arrive par la suite en formation, mais un stagiaire actif qui a déjà pu s’exercer sur l’outil, réaliser quelques travaux pratiques, et surtout se poser des questions sur son fonctionnement. Avant même de franchir la porte de la salle de formation, il est déjà dans une dynamique d’apprentissage.

Pour tous ces avantages, nous considérons que les webinaires méritent d’être développés. Nous faisons ainsi le pari qu’un enseignement de qualité peut être aussi proposé sous cette forme là, et que nos utilisateurs sauront en tirer le meilleur parti. Pour autant, nous plaçons toujours les stages en présentiel au cœur de notre offre : d’une part parce que c’est la forme qui convient le mieux à nos utilisateurs (voir l’article L’avis des réseaux p. 10), d’autre part parce que l’apprentissage exhaustif d’un outil complexe ne peut se faire autrement qu’en présentiel. Mais en développant cette offre de formation l’ABES entend seulement démontrer que distance n’est pas forcément synonyme d’éloignement, et que la dématérialisation n’enlève rien à l’implication.

References

Bibliographical reference

Laure Valentin and Laurent Piquemal, « Si loin, si proche. Faire de la distance un atout pédagogique », Arabesques, 61 | 2011, 14-15.

Electronic reference

Laure Valentin and Laurent Piquemal, « Si loin, si proche. Faire de la distance un atout pédagogique », Arabesques [Online], 61 | 2011, Online since 07 juillet 2020, connection on 06 décembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=1941

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Laure Valentin

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