Les enjeux de la TB

Stratégie et prospective : le mot des pilotes

DOI : 10.35562/arabesques.286

p. 6-7

Plan

Texte

L’Abes et le Département des métadonnées de la BnF assurent conjointement, depuis 2015, le pilotage du programme transition bibliographique. Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?

Pour les deux agences bibliographiques nationales, la transition bibliographique relève d’une double stratégie. Stratégie de service tout d’abord : quand l’usager demande un auteur, un lieu ou un titre, il importe de lui fournir ce qu’il attend, à savoir un auteur, un lieu ou un titre, et non plus seulement une liste de notices décrivant des documents au sein de laquelle il découvrira peut-être sa réponse. Les moteurs de recherche, à commencer par Google et son knowledge graph, lui rendent déjà ce service : si nos catalogues ne le font pas, ils apparaîtront comme des outils de gestion servant à localiser ou à demander la consultation d’un document particulier, et non comme des bases de connaissance.

Stratégie de visibilité sur le web de données, ensuite. Si les formats MARC présentent d’indéniables avantages qui les rendent nécessaires pour encore plusieurs années, ils sont peu compréhensibles par les machines1 et donc peu compétitifs dans le web sémantique. Ainsi, la base de données sémantique data.bnf.fr a désormais dépassé en nombre de consultations le Catalogue général, pourtant entièrement refondu en 2016. Data.bnf.fr, parce que parfaitement référencé par les moteurs de recherche (plus de 80 % de ses sites ascendants), constitue la principale porte d’entrée vers les applications bibliographiques de la BnF. La visibilité passe par notre capacité à exprimer l’information dont nous sommes garants en entités.

« L’adopter, c’est l’adapter »

Si FRBR répond aux besoins de visibilité et de service, il n’est qu’un modèle conceptuel, dont le code « de catalogage » RDA constitue une interprétation. RDA a fait, entre 2011 et 2014, l’objet de réflexion de plusieurs groupes d’experts techniques et groupes de travail stratégiques qui ont conclu que si son adoption constituait bien pour la France un objectif, ses règles actuelles n’étaient pas satisfaisantes au regard de l’analyse et de la pratique catalographique françaises, voire constituerait une franche régression, assortie d’importants coûts humain et informatique. Le CSB de 2014 (voir l’encadré) a donc validé une voie originale, résumée sous la formule « l’adopter, c’est l’adapter ». Si la France contribue à faire évoluer RDA au niveau international dans le cadre d’Eurig2, elle s’est également lancée dans la rédaction de RDA-FR, code de catalogage dérivé de RDA mais respectueux des pratiques et de l’interprétation française de FRBR.

Le programme a été lancé en 20153, sous l’égide des deux agences bibliographiques. La lettre de mission comprend la publication du nouveau code de catalogage et sa mise en application (évolution des formats, FRBRisation des catalogues) ; l’accompagnement de la communauté française de la documentation par des actions de sensibilisation et de formation ; et enfin l’information et le conseil des bibliothèques et des éditeurs de logiciels pour l’évolution des applications.

Trois groupes de travail, réunissant des experts de la BnF, de l’Abes et – c’est primordial car nos collègues sont autant experts que médiateurs du programme – des bibliothèques universitaires, des bibliothèques de lecture publique, les Archives de France, l’Institut national de l’audiovisuel, Electre… ont été mis sur pied : le groupe Normalisation, lui-même composé de sept sous-groupes correspondant aux chapitres de la nouvelle norme qu’il est chargé de rédiger ; le groupe Systèmes et Données, auquel est désormais rattaché le Comité français Unimarc (CFU), et qui prépare la migration des données des catalogues vers une nouvelle structuration de l’information au sein d’outils renouvelés ; et le groupe Formation, qui œuvre avec l’appui de trois grandes structures, CRFCB, l’ENSSIB et le CNFPT. Tous les membres de ces groupes de travail se réunissent deux fois par an, les responsables assurant la coordination des groupes et la liaison auprès des directeurs des deux agences, coresponsables du programme devant le CSB.

Le comité stratégique Bibliographique (CSB)

Instance décisionnelle en charge du pilotage de la politique nationale sur l’information bibliographique se réunissant deux fois par an, le CSB est constitué de la BnF, de l’Abes et de leurs tutelles respectives, ministère de la Culture et ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.
La Transition bibliographique, la convergence nationale des outils et pratiques de catalogage en EAD et le Fichier national d’entités, dont il a validé en 2015 l’opportunité, constituent ses trois principaux dossiers. Il répond, d’une part, à la nécessité, soulignée par le groupe stratégique RDA, d’arbitrages sur le nouveau modèle d’organisation et de diffusion de l’information bibliographique en France ; d’autre part, à la prise en compte du caractère stratégique des enjeux relatifs aux métadonnées (l’ancienne instance de pilotage étant plus centrée opérationnellement sur les catalogues collectifs).

Beaucoup de petits matins…

L’acte de naissance du programme Transition bibliographique a posé dès 2014 le principe de progressivité : il s’agissait d’éviter un « effet tunnel » – des années de travail sans résultats visibles préparant un « Grand Soir des métadonnées » où toute la communauté professionnelle adopterait d’un seul mouvement toutes les nouveautés. La norme RDA-FR est donc publiée, chapitre après chapitre, au fur et à mesure que les travaux des groupes de normalisation sont achevés. On estime que l’essentiel – règles sur les œuvres et expressions textuelles – sera disponible vers 2021.

Cette durée, qui suppose la coexistence de deux normes de catalogage, peut paraître longue. Elle est en réalité courte, d’autant que RDA lui-même évolue – une deuxième version fondée sur le modèle IFLA LRM est attendue pour 2018. À la rédaction de la norme s’ajoute le temps de sa validation par le groupe AFNOR CN46-9, et celui de son intégration dans les formats de catalogage existants : la modification d’Unimarc et d’Intermarc et le traitement rétrospectif des données. Ainsi, chaque année, depuis la première mise en place des éléments Type de contenu et Type de médiation (zone 0 de l’ISBD), les bibliothèques voient apparaître des changements dans les données qu’elles dérivent, qui du Sudoc, qui des produits BnF, changements annoncés sur le site Transition bibliographique4.

Par ailleurs, toute une gamme d’actions a besoin de ce temps :
1) sensibiliser les responsables d’établissements aux impacts organisationnels et fonctionnels de la TB et aux enjeux stratégiques liés aux données (ainsi, dans les collectivités territoriales, si l’on parle beaucoup d’open data, on ne songe pas toujours aux potentialités du catalogue de la bibliothèque) ;
2) former les praticiens du catalogue au nouveau code (formation initiale et continue) ;
3) préparer son catalogue local à absorber les données retraitées par les agences et à tirer la substantifique moelle de leur nouvelle structuration (le distinguo entre type de contenu et type de médiation peut se traduire par une nouvelle facette d’interrogation – aux administrateurs de SIGB et éditeurs de logiciels de construire ces services de demain).

Le temps de la Transition bibliographique est d’autant plus complexe que le contexte est celui de l’automatisation partielle des processus afin de traiter des lots de données de plus en plus volumineux ; ce travail sort du quotidien des informaticiens pour devenir celui des « data librarians » ; la production des métadonnées se répartit sur un nombre croissant d’acteurs. L’intégration de données produites, en premier lieu, par les éditeurs fait évoluer les pratiques des catalogueurs. Leurs outils doivent tenir compte aussi bien des évolutions normatives que du changement de paradigme dans la production et la gestion des données.

Notre description des enjeux de la TB et des étapes dans les changements qu’elle entraîne serait incomplète si l’on n’évoquait pas le devenir du format MARC. Car, rappelons-le, le programme concerne non seulement le cadre de la description bibliographique (principes FRBR), les règles de catalogage (RDA-FR), mais aussi, à terme, le format dans lequel les données sont gérées (Unimarc, Intermarc, MARC21…). Il est actuellement au centre de discussions intenses entre tenants de diverses solutions. Dans l’intervalle, cela justifie de continuer à utiliser les formats MARC et d’y intégrer, tant que ce sera possible, les modifications induites par les nouvelles règles.

Pas un grand soir des métadonnées, donc, mais beaucoup de petits matins de transition… Et si ce programme est un passage limité dans le temps, il ne faut pas se cacher que la mutation en cours, comparable dans son importance à celle des années 1960-1970, ne s’achèvera pas avec lui. L’évolution des catalogues orientés entités se poursuivra dans les années à venir et pourrait conduire à l’abandon des formats MARC. La Transition bibliographique aura donné aux bibliothèques françaises les armes en matière de structuration de l’information bibliographique pour s’intégrer sereinement dans cette mutation.

Organigramme du programme. Transition bibliographique

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1 Voir cet avis d’un ingénieur de Google Books: « The first thing [I had to learn about MARC records was that the “machine readable” part of the MARC

2 Lire également l’encadré page 25.

3 Officialisé en novembre 2014 dans un communiqué commun de l’Abes et de la BnF.

4 www.transition-bibliographique.fr

Notes

1 Voir cet avis d’un ingénieur de Google Books: « The first thing [I had to learn about MARC records was that the “machine readable” part of the MARC acronym was a lie ». Cité par Y. Nicolas, « Atomes crochus… », dans Vers de nouveaux catalogues, sous la direction d’E. Bermès, Cercle de la Librairie, 2016. Un ouvrage hautement recommandable !

2 Lire également l’encadré page 25.

3 Officialisé en novembre 2014 dans un communiqué commun de l’Abes et de la BnF.

4 www.transition-bibliographique.fr

Illustrations

Organigramme du programme. Transition bibliographique

Organigramme du programme. Transition bibliographique

Citer cet article

Référence papier

Frédérique Joannic-Seta et David Aymonin, « Stratégie et prospective : le mot des pilotes », Arabesques, 87 | 2017, 6-7.

Référence électronique

Frédérique Joannic-Seta et David Aymonin, « Stratégie et prospective : le mot des pilotes », Arabesques [En ligne], 87 | 2017, mis en ligne le 01 décembre 2019, consulté le 06 décembre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=286

Auteurs

Frédérique Joannic-Seta

Directrice du Département des métadonnées, BnF

frederique.joannic-seta@bnf.fr

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David Aymonin

Directeur de l’Abes

aymonin@abes.fr

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