Les thèses à l’Abes : tout un écosystème !

Dialogue entre un jeune docteur et un bibliothécaire imaginé à partir de faits réels.

DOI : 10.35562/arabesques.355

p. 6-7

Texte

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Geralt / Pixabay (CC0 Public Domain)

Le jeune docteur (J. D.) : Bonjour, j’ai soutenu ma thèse de doctorat il y a un mois. D’ailleurs, je voulais vous signaler que le calendrier qui défile dans theses.fr1 , c’est assez stressant ! À quel moment ma thèse y sera-elle signalée parmi les thèses soutenues ?

Le bibliothécaire (B.) : Aujourd’hui, theses.fr indique que votre projet doctoral est terminé ; il s’agit d’une période de transition de quelques semaines au terme de laquelle le signalement de votre thèse en préparation sera remplacé par le signalement de votre thèse soutenue. Vous savez que nous avons opté pour le dépôt sous forme électronique. Un peu de patience : toutes les soutenances étant programmées au même moment, les fichiers PDF nous arrivent tous en même temps !

J. D. : Ah oui, d’ailleurs, ce n’était pas une mince affaire ce fichier PDF. Heureusement que j’ai été formé à l’utilisation des feuilles de style et à la génération d’un fichier correct.

B. : C’est la garantie d’un archivage pérenne du fichier, envoyé automatiquement par Star au Cines en parallèle du signalement dans le catalogue Sudoc et dans le moteur de recherche theses.fr.

J. D. : À vrai dire, au début, je n’ai rien compris. À l’été 2011, mon directeur de thèse pressenti m’a demandé de vérifier l’originalité de mon sujet de thèse en consultant le Fichier central des thèses (FCP). Impossible de savoir ce qu’était ce machin. J’étais venu vous voir à l’époque.

B. : C’était au moment où le FCT a disparu pour être remplacé par deux applications : Step, accessible sur authentification pour saisir la description des thèses en préparation, et theses.fr, vitrine librement interrogeable sur le web.

J. D. : J’ai donc cherché dans theses.fr et constaté que personne ne travaillait sur le même sujet que moi. Ouf ! J’ai commencé ma thèse. Je voulais figurer dans theses.fr pour que personne ne pique mon projet. J’ai compris plus tard que theses.fr n’est pas un mécanisme de protection d’une idée, mais une pratique scientifique bien utile.

B. : Votre thèse en préparation a donc été signalée dans theses.fr ?

J. D. : Oui. J’ai cru que tout serait automatique dès le lendemain de mon inscription à la fac. En fait, ça a été plus long. J’ai même fait une demande sur un guichet d’assistance pour accélérer les choses. Au bout de quelques semaines, j’avais un compte dans Step.

B. : Finalement, êtes-vous satisfait ?

J. D. : Oui. Dans un moment de doute où je m’enlisais dans mes recherches, j’ai failli demander la suppression de ma page de theses.fr. Finalement, je ne l’ai pas fait et heureusement ! Une semaine plus tard, j’étais sollicité pour faire une présentation dans un colloque ; les organisateurs m’avaient repéré grâce à theses.fr. Par la suite, j’ai veillé à mettre à jour la description de ma thèse en préparation. C’est assez pratique d’avoir cette page web avec une URL courte, qui ne change pas, facilement partageable. Sur Twitter et ailleurs, je me présente souvent en mettant le lien de ma page theses.fr.

B. : Effectivement, nous avons apporté un soin particulier à la construction des URL. Votre projet doctoral a été signalé via une URL www.theses.fr/sXXX pendant trois ans et bientôt une redirection sera mise en place vers la page de la thèse soutenue avec une URL www.theses.fr/NNT.

J. D. : Cela étant, je ne sais pas si mon expérience est représentative. Un copain doctorant dans un autre établissement n’était pas content du tout : personne ne lui avait demandé son avis, la description de la thèse en préparation était incomplète et moche (sans accents par exemple) et il n’a jamais réussi à la faire modifier. Finalement, il a demandé à ce que cette page disparaisse du web.

B. : Oui, je sais. Certaines données arrivent automatiquement en provenance d’applications de gestion de scolarité. Elles ont été saisies pour des besoins de gestion interne, sans prise de conscience qu’une partie d’entre elles est exposée sur le web. Vous savez, nous, bibliothécaires, avons pourtant beaucoup travaillé avec nos collègues administratifs et informaticiens pour que nos applications informatiques se parlent. Rome ne s’est pas faite un jour, le workflow d’un système d’information non plus… Votre ami a fait sa thèse trop tôt : dans quelques années, ce sera mieux. Et maintenant que vous êtes docteur, allez-vous diffuser le contenu de votre thèse sur Internet ?

J. D. : Je ne sais pas encore. Je suis en contact avec un éditeur pour que ma thèse soit publiée. Je sais bien que le fait d’être publié et de diffuser en archive ouverte n’est pas antinomique : j’ai vu des exemples sur theses.fr. J’hésite.

B. : Soyez prudent et posez-vous la question du sérieux de votre éditeur. S’il ne vous propose pas de remanier en profondeur votre texte, méfiez-vous. Et surtout, vérifiez la présence dans le contrat d’une clause expresse de non-exclusivité.

J. D. : En fait, je pense que je vais accepter la diffusion sur Internet.

B. : Alors vous n’avez rien à faire, Star s’occupe de tout. La politique de notre établissement est de diffuser à la fois sur notre serveur et sur l’archive ouverte TEL.

J. D. : Et si je change d’avis ?

B. : Il est possible de revenir en arrière, même en cas de diffusion sur TEL. Mais cela doit rester exceptionnel. Et soyez conscient qu’une fois que le texte intégral de votre thèse aura été diffusé sur le web, même pour quelques heures, personne ne peut vous garantir que votre PDF ne continuera pas à circuler.

J. D. : Je vais y réfléchir. Une chose encore : theses.fr commence à être connu des doctorants, mais très peu des directeurs de thèse.

B. : Vous avez raison. Les doctorants découvrent theses.fr lorsqu’ils se « googlisent » sur le web ; pour peu qu’ils aient un nom sans trop d’homonymes, la page de theses.fr remonte très haut dans les résultats. Ce n’est pas vrai pour les directeurs de thèse, encore moins pour les organismes comme les écoles doctorales ou les laboratoires.

J. D. : J’ai montré à mon directeur de thèse la page à son nom dans theses.fr ; elle présente sous forme de nuage de mots les thèmes des thèses qu’il a encadrées. Sa réaction n’a pas été très enthousiaste.

B. : Les nuages de mots sont perfectibles. Mais les directeurs de thèse réagissent rarement sur ce point. Via le bouton « Signaler une erreur »2, ils s’étonnent souvent de l’incomplétude des données de theses.fr. Les causes en sont multiples3. Nous nous rendons parfois compte que des thèses n’ont jamais été signalées dans le Sudoc. La pierre d’achoppement de theses.fr, actuellement, c’est la qualité des données dans les applications sources : Step, Star et le Sudoc. Nous nous efforçons de corriger les erreurs, ce qui nécessite de coordonner le travail dans les quelques 140 établissements habilités à délivrer le doctorat.

J. D. : J’ai aussi remarqué qu’il était possible de trouver le texte intégral de thèses librement accessible sur le web sans que ce soit signalé dans theses.fr.

B. : C’est vrai. Avant la mise en place de Star, les auteurs déposaient eux-mêmes dans TEL. Comme le Sudoc ignore l’existence de ces documents, theses.fr ne mentionne pas la possibilité d’un accès en ligne. Cela fait partie des améliorations que nous devons apporter. Mais, tout à l’heure vous m’avez dit avoir fait une communication à un colloque. Avez-vous déposé votre papier dans HAL ?

J. D. : Oui, effectivement.

B. : Parfait. Vous savez que votre page dans theses.fr (la page qui parle de vous en tant qu’auteur d’une thèse et non la page de votre thèse) est construite à partir d’un numéro, votre identifiant IdRef. Par ailleurs, dans HAL vous avez un identifiant, un IdHAL. Sachez qu’il est possible d’aligner ces deux identifiants et bien d’autres (Orcid, Isni…) qui vous seront utiles dans votre vie de chercheur.

J. D. : Je sais qu’il est important de gérer mon identité numérique. J’ai été sensibilisé à ces problématiques pendant ma formation doctorale.

B. : Je suis heureux de l’apprendre : vous êtes le jeune chercheur idéal ! Les bibliothèques développent actuellement de nombreux services d’accompagnement et de la valorisation de la recherche. Nous commençons même à nous intéresser à la matière première, aux données brutes, de vos recherches.

J. D. : Très bien. Mais je ne sais pas encore si je vais m’orienter vers le secteur académique ou vers le monde de l’entreprise.

B. : Il est vrai que theses.fr est encore très centré sur le monde académique. Il nous reste encore beaucoup à faire dans le cadre même de l’information scientifique et technique en France. Mais nous n’avons pas perdu notre ambition initiale : theses.fr doit s’adresser à quiconque est intéressé par une thèse de doctorat. Des partenariats sont à lancer avec le monde associatif, et au-delà le monde de l’entreprise. Nous avons le souhait de relayer ce qui est fait ailleurs et bien fait : valoriser les CV des jeunes docteurs, mettre en avant les prix de thèses, promouvoir les initiatives de vulgarisation scientifique… Il nous faut décloisonner nos métadonnées et les relier au web en général. Le temps manque mais pas les idées ! Quelle que soit la voie que vous choisirez, je vous souhaite de croiser à nouveau theses.fr.

1 Si dans Step une date de soutenance prévisionnelle a été saisie, dans theses.fr la page de la thèse en préparation affiche un compte à rebours

2 Dans les pages de personnes et d’organismes, cette assistance déportée ne peut fonctionner car les données ne proviennent pas d’un seul

3 La thèse peut être présente dans theses.fr, mais non liée aux identifiants d’autorité des personnes et des organismes. La thèse peut être présente

Notes

1 Si dans Step une date de soutenance prévisionnelle a été saisie, dans theses.fr la page de la thèse en préparation affiche un compte à rebours jusqu’à la date de soutenance. Dans les pages de thèses en préparation et de thèses soutenues, ce bouton met en relation directe l’usager et le responsable de la production des métadonnées (correspondants Step et Star ou coordinateur Sudoc).

2 Dans les pages de personnes et d’organismes, cette assistance déportée ne peut fonctionner car les données ne proviennent pas d’un seul établissement de soutenance mais d’une consolidation. Le bouton pointe alors vers le guichet d’assistance ABESstp.

3 La thèse peut être présente dans theses.fr, mais non liée aux identifiants d’autorité des personnes et des organismes. La thèse peut être présente dans le Sudoc, mais absente de theses.fr parce qu’un problème a été détecté lors de son chargement…

Illustrations

Geralt / Pixabay (CC0 Public Domain)

Citer cet article

Référence papier

Isabelle Mauger Perez, « Les thèses à l’Abes : tout un écosystème ! », Arabesques, 78 | 2015, 6-7.

Référence électronique

Isabelle Mauger Perez, « Les thèses à l’Abes : tout un écosystème ! », Arabesques [En ligne], 78 | 2015, mis en ligne le 07 janvier 2020, consulté le 20 octobre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=355

Auteur

Isabelle Mauger Perez

Responsable fonctionnelle de theses.fr, Abes

mauger@abes.fr

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