ELAD-SILDA

Introduction

Olga Artyushkina, Alexander Kazakevich, Mariya Lyakhova et Victoria Zayanchkauskayte

1Le présent volume de la revue ELAD-SILDA regroupe 9 articles résultant des communications proposées lors du colloque international « Syntaxe des langues slaves : de la norme à la transgression » (Синтаксис славянских языков: в пределах и за пределами нормы) qui s’est tenu du 31 mai au 1er juin 2018 à l’université Jean Moulin Lyon 3. Ce colloque de slavistes, avec 17 communications au total, a été dédié à Robert Roudet, professeur des universités, spécialiste reconnu de la linguistique et de la syntaxe russe. Ses contributions à la linguistique russe sont nombreuses et couvrent un large spectre de problématiques dans les domaines de la sémantique, de la syntaxe et de la stylistique. Robert Roudet est également l’auteur de deux ouvrages fondamentaux : Grammaire russe. 2, Syntaxe, formant un ensemble avec le tome 1 Phonologie et morphologie de Paul Garde [2016, Paris : Institut d’études slaves], et Grammaire russe : les structures de base, co-signé avec Irina Kor-Chahine [2009, Paris : Ellipses].

2Comme son nom l’indique, le colloque international « Syntaxe des langues slaves : de la norme à la transgression » (Синтаксис славянских языков: в пределах и за пределами нормы) s’est intéressé à l’emploi des structures syntaxiques qui, d’une façon ou d’une autre, s’écarte de ce qu’il est convenu de considérer comme « standard » par les grammaires. Ce numéro d’ELAD-SILDA s’intéresse d’une part à l’état actuel et aux perspectives d’évolution de la syntaxe du russe contemporain et, d’autre part, à la diachronie et aux facteurs intralinguistiques et extralinguistiques exerçant une influence sur la syntaxe. La discussion et la recherche sur les problèmes de la codification et de la norme doivent être l’objet d’une constante mise à jour ; la langue dispose d’une certaine norme, standard institutionnalisé, qui doit être enseigné et appris, mais l’usage que font de la langue ses locuteurs contient des écarts constants vis-à-vis de cette norme.

3Les auteurs des contributions adoptent des approches théoriques différentes : certains posent les problèmes de la norme sur le plan purement théorique, soulevant notamment des problèmes terminologiques, d’autres s’intéressent à l’étude des structures et unités concrètes. Les contributions du recueil, présentées en français ou en russe, témoignent d’une grande diversité quant aux corpus étudiés, afin d’analyser ce qui est un écart vis-à-vis d’une langue standard.

4Une partie des contributions du présent numéro interroge la transgression de la norme du point de vue de la composition littéraire :
Robert Roudet (université Jean Moulin Lyon 3, CEL) s’intéresse à l’évolution de la coordination en comparant la norme du vieux russe à celle de la langue moderne, en s’appuyant sur le célèbre texte Slovo o polku Igoreve : le problème de la norme y est abordé en diachronie et pose d’une façon générale un critère important pour établir l’authenticité d’un manuscrit.

5Marina Sidorova (université d’État de Moscou) se penche sur la question de l’homonymie syntaxique dans la poésie lyrique au niveau du mot, de la proposition et du texte. L’article donne des arguments en faveur du traitement linguistique de ce phénomène : l’analyse des exemples d’homonymie syntaxique dans la poésie démontre qu’il ne s’agit pas de syntaxe « poétique » ou d’« écart » de la norme, mais de fonctionnalités – moins évidentes – propres au système grammatical de la langue nationale qui se réalisent dans un contexte particulier grâce aux efforts spécifiques de l’énonciateur-poète.

6Fedor Pankov (université d’État de Moscou) étudie le potentiel pragmatique des positions syntaxiques de parcellisation et segmentation, permettant au sujet d’énonciation d’exprimer une pensée particulière conformément à l’objectif communicatif. L’étude prouve que le procédé de parcellisation n’est pas un simple écart de la norme pour créer un effet de style, mais qu’il constitue un mécanisme grammatical inhérent à la division actuelle de la proposition russe.

7Victoria Zaynachkaskayte (université Jean Moulin Lyon 3, CEL) aborde la question de la déviation par rapport à la norme en analysant la langue de Solženicyn, écrivain qui a notamment beaucoup réfléchi sur les questions de l’évolution et de la codification de la langue ; l’écart par rapport à la norme de la langue littéraire standard, notamment l’emploi atypique et inattendu que fait Solženicyn du tiret, pose en réalité un problème de l’usage individuel de la langue, un problème du style et de la stratégie littéraire d’une composition littéraire.

8Le deuxième volet regroupe les articles qui problématisent l’existence de variétés de formes vis-à-vis d’un standard de points de vue divers :
Angelina Biktchourina et Alexander Kazakevich (université Jean Moulin Lyon 3, CEL) s’intéressent à la norme régissant l’emploi actuel des pronoms et noms d’adresse dans les médias russes et constatent l’évolution de la norme suite aux changements politiques et sociaux en Russie. L’article constitue une analyse de l’emploi des termes d’adresse en interrogeant un corpus média-politique de 1957 à 2019 ; les échanges analysés s’avèrent un terrain propice pour observer la transgression de la norme, ainsi que l’enjeu pragmatique de l’établissement d’une nouvelle norme dans la communication.

9Sergueï Sakhno (université de Paris Nanterre) étudie les écarts par rapport à ce qui peut être considéré comme la norme dans le domaine de la syntaxe de l’adjectif attribut russe ; l’analyse de l’emploi de l’adjectif à la forme courte et longue y est interrogée du point de vue conceptuel à travers la triade complexe « système-norme-usage ». Le corpus analysé met en évidence le tiraillement constant des faits de langue entre la norme et l’usage.

10La contribution d’Irina Kor-Chahine et Yulia Perova-Nouvelot (université Côte d’Azur) aborde la problématique de l’emploi concurrentiel des prépositions du point de vue de l’apprenant de la langue russe, en analysant des emplois erronés de constructions avec les prépositions от et из par des francophones et en s’appuyant sur le corpus Russian Learner Corpus. Cette approche permet de mettre en évidence les composantes sémantiques spécifiques qui sont absentes dans la langue maternelle des apprenants, en l’occurrence le français, et qui peuvent expliquer des erreurs dans l’acquisition du russe comme langue étrangère.

11L’article de Pavel Orlov (université Toulouse Jean Jaurès) étudie l’expression de la méronymie et réexamine la thèse selon laquelle on assimile l’expression de la relation sémantique de partie à tout à l’expression de la possession. La prise en compte d’une grande variété de relations partitives en sémantique permet de démontrer qu’il s’agit plutôt d’une exception que de la norme, car de nombreux cas, notamment des constructions verbales avec le verbe russe imet’ (avoir), ne peuvent apparaître dans des constructions d’appartenance. Le chercheur démontre qu’il est nécessaire de considérer la méronymie comme une relation sémantique autonome avec ses propres normes d’expression.

12Thierry Ruchot et Evgueniya Gorshkova-Lamy (université de Caen) analysent les marqueurs de possibilité мочь, можно, может (быть) et leur utilisation dans l’expression de certains actes de langage directifs (conseil, avertissement, permission, proposition, etc.). L’article étudie le choix de modaux et une variété de constructions permettant de verbaliser ces actes de langage.



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Olga Artyushkina, Alexander Kazakevich, Mariya Lyakhova et Victoria Zayanchkauskayte, «Introduction», ELAD-SILDA [En ligne], n° Syntaxe des langues slaves : de la norme à la transgression, publié le : 19/06/2020, URL : http://publications-prairial.fr/elad-silda/index.php?id=658.

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