Sudoc II. Année 0

p. 24-25

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En mai 2014, le cabinet Pleiade a remis son étude sur l’évolution du catalogage et de la production de métadonnées dans le réseau Sudoc, sur fond de projet Système de gestion de bibliothèque (SGB) mutualisé. Ce document clarifie les données du problème et apporte de précieuses informations de terrain, mais il ne propose évidemment pas de scénario clé en main. L’étude doit reprendre, en parallèle du lancement de l’appel d’offres SGB mutualisé, puisqu’il est désormais acquis que le prochain Sudoc – Sudoc II – ne sera pas fatalement une des plateformes retenues par ce marché. Cet article fait le point sur la réflexion en cours.

Sudoc II, ça sonne un peu comme Penduick II. Ou Titanic II. Mais cette connotation est trompeuse car le Sudoc est en pleine mer, vitesse de croisière, sans perspective de quelques années de cale sèche pour travaux de rénovation – voire de reconstruction.

S’il faut tricoter encore un peu l’analogie, c’est plutôt le bateau de Thésée qui ferait l’affaire : entretenu et réparé petit à petit, planche par planche, à l’arrivée, il ne possède plus aucune pièce d’origine (est-ce encore le même ? demandent Plutarque puis la tradition philosophique jusqu’à aujourd’hui).

En effet, le Sudoc a déjà changé depuis son lancement en 2000, grâce aux évolutions logicielles apportées par le prestataire OCLC, mais tout autant grâce aux initiatives de l’Abes : chantier Unicode, scripts, stratégie API Sudoc, etc. À partir de 2008, cette dernière stratégie a cherché à rendre le Sudoc de plus en plus indépendant des progiciels OCLC pour exploiter les données de sa base centrale et pour les modifier (création/ modification/suppression de notices bibliographiques ou d’autorité et d’exemplaires). La stratégie API Sudoc a permis aux services suivants d’émerger : IdRef, Self, Périscope, Colodus, micro web services, exposition sur le web de données, etc.

Tout comme pour la construction de la réplique de l’Hermione (ci-dessus) de 1779, Sudoc 2 est un vaste chantier pour lequel il ne suffira pas de changer juste quelques planches

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Myrabella / Wikipedia (CC BY-SA 3.0)

Changer la quille

Tous les services rendus possibles par la stratégie API Sudoc supposent l’existence de la base de données centrale du Sudoc, qui tourne sur un progiciel ad hoc maintenu par OCLC. Ce logiciel est performant mais très ancien. D’ici cinq ans, il ne sera plus maintenu. C’est donc une pièce maîtresse du dispositif Sudoc qu’il s’agit de remplacer. À vrai dire, le bateau de Thésée est une analogie qui pèche : Sudoc II ne sera pas seulement Sudoc I avec des pièces de rechange. En raison des évolutions technologiques et normatives, des changements apparus dans son environnement comme, par exemple, l’émergence des systèmes de gestion de bibliothèque dits « de nouvelles génération » (#SGB mutualisé) et, enfin, en raison de l’évaluation critique du dispositif actuel, le nouveau Sudoc sera différent de l’ancien : périmètre, fonctionnement, modèle économique.

Fondamentaux et inconnues

Mais avant de lister les nouveaux principes de conception aujourd’hui actés et les questions, souvent cruciales, encore en suspens, il est utile de rappeler et de réaffirmer les principes fondamentaux qui font l’ambition du Sudoc, l’ancien et le prochain.

Ce qui a été clairement réaffirmé par les membres du réseau participant aux deux groupes de travail, c’est que le Sudoc est plus qu’un catalogue collectif : c’est un réseau de catalogage partagé. Ce qui est partagé, ce sont des règles de catalogage, un dispositif de formation et d’assistance, mais également un outil de catalogage. Le développement des SGB, qui intègrent des fonctions de catalogage au sein du réseau des clients de chaque plateforme, a pu, un moment, laisser penser que le catalogage partagé Sudoc était caduc. Finalement, les membres du réseau ont souhaité réaffirmer la nécessité d’un catalogage Sudoc centralisé, hors plateforme commerciale, au moyen d’un outil maîtrisé par l’Abes et sa communauté… à condition que cet outil unique soit intégré de manière transparente dans les systèmes locaux (SGB ou pas). Le cahier des charges est clair. La solution n’est pas encore là : ni la technique ni l’ergonomie de cette intégration fluide. D’ailleurs, si cet outil doit être maîtrisé par l’Abes et son réseau, tous les scénarios restent ouverts : sera‑t-il géré directement par l’Abes ou bien sous-traité à une plateforme commerciale ?

Une autre question importante est encore en suspens : celle du modèle de données. Est-il préférable de conserver Marc comme format de travail et de gestion ou est-ce le bon moment pour passer à autre chose, à un modèle de type bases de données (RDF ou pas) ? Ces questions devront être tranchées au printemps 2015, ce qui suppose de poursuivre l’étude engagée par le cabinet Pleiade, notamment en allant voir sur place (Libris en Suède, CIB en Allemagne, etc.).

Dans le marbre

À côté de ces incertitudes de fond, d’autres principes sont d’ores et déjà gravés.

  • Sudoc II s’intéressera à tous les documents, quels que soient les supports.
  • Sudoc II s’intéressera à tous les documents, quels que soient les modes d’acquisition/accès : open access, achat, location (abonnements, droits d’accès). Le signalement de la documentation électronique doit faire partie intégrante de la conception de Sudoc II, mais l’erreur serait de plaquer sur elle les principes du signalement de la documentation imprimée. Précisément, la base de connaissance Bacon aura sa propre autonomie, à côté des autres modules de Sudoc II.
  • Sudoc II gère des métadonnées quelle que soit leur origine : catalogage ; dérivation d’autres bases bibliographiques ; imports éditeurs [le hub de métadonnées sera un module de Sudoc II] ; imports catalogues ; génération automatique de métadonnées à partir d’autres métadonnées ou de la fouille de texte.
  • Il faut que Sudoc II connaisse à la fois tous les exemplaires d’un document (Sudoc I ne connaît souvent qu’une localisation par bibliothèque) et la disponibilité du document en temps réel (pas seulement par un deep link vers le système local, mais via une remontée de l’information dans Sudoc I – soit dans la base de données, soit seulement dans l’interface).
  • Les données d’exemplaires peuvent être gérées soit dans le système local (saisie en local puis remontée vers Sudoc II par web service), soit directement dans Sudoc II. Finie l’inévitable double gestion des exemplaires, bancale et coûteuse.
  • Quand un référentiel externe est à la fois ouvert d’un point de vue juridique et technique, alors Sudoc II interrogera ce référentiel à distance, sans en faire une copie locale. Par exemple, la notice d’une thèse sur une obscure abbaye pointera vers l’identifiant de l’autorité BNF si elle existe. Ce n’est qu’en dernier recours (si l’autorité n’est dans aucun référentiel considéré comme fiable) que cette autorité d’abbaye sera créée dans IdRef.

Des sous et des hommes

À côté des questions métier et informatiques, la question du modèle économique reste entièrement ouverte. On devine que le modèle de facturation du Sudoc, qui a lui-même évolué fortement ces dernières années, ne pourra être reconduit tel quel. Au‑delà de cette intuition, terra incognita.

Ce qui est certain, c’est qu’il n’y aura pas de deus ex machina ni d’effet tunnel : Sudoc II émergera progressivement dans la lancée des initiatives apparues ces dernières années, en impliquant autant que possible les demandes et les compétences du réseau. Décidément, Penduick II n’est pas la bonne référence : il fut conçu pour les courses en solitaire.

Ar(abes)ques, vous en pensez quoi ?

Depuis sa création en 1995, le contenu et le format d’Arabesques ont changé afin de toujours mieux répondre aux attentes de ses lecteurs.

Alors que la revue s’apprête à souffler ses 20 bougies, il nous a semblé nécessaire de mesurer votre degré de satisfaction, de connaître vos attentes, de recueillir vos suggestions. Vos avis serviront de point de départ à une réflexion de fond sur l'avenir de la revue.

Vous avez déjà été nombreux à nous répondre mais les retardataires auront jusqu’au 20 octobre pour remplir en quelques minutes le questionnaire en ligne sur :
https://fr.surveymonkey.com/s/Arabesques

Bien évidemment, nous publierons dans notre prochaine livraison d’Arabesques les résultats de cette enquête pour laquelle nous comptons sur la réponse du plus grand nombre. Merci à vous.

Arabesques à l’Ifla

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Photo publiée sur Twitter par Sophie Agié.

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Tout comme pour la construction de la réplique de l’Hermione (ci-dessus) de 1779, Sudoc 2 est un vaste chantier pour lequel il ne suffira pas de changer juste quelques planches

Tout comme pour la construction de la réplique de l’Hermione (ci-dessus) de 1779, Sudoc 2 est un vaste chantier pour lequel il ne suffira pas de changer juste quelques planches

Myrabella / Wikipedia (CC BY-SA 3.0)

Arabesques à l’Ifla

Arabesques à l’Ifla

Photo publiée sur Twitter par Sophie Agié.

References

Bibliographical reference

Benjamin Bober, Christophe Bonnefond, Camille Dumont, Marianne Giloux, Jérôme Kalfon, Isabelle Mauger Perez, Yann Nicolas and Stéphane Rey, « Sudoc II. Année 0 », Arabesques, 76 | 2014, 24-25.

Electronic reference

Benjamin Bober, Christophe Bonnefond, Camille Dumont, Marianne Giloux, Jérôme Kalfon, Isabelle Mauger Perez, Yann Nicolas and Stéphane Rey, « Sudoc II. Année 0 », Arabesques [Online], 76 | 2014, Online since 13 juin 2019, connection on 28 octobre 2021. URL : https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=911

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Benjamin Bober

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CC BY-ND 2.0