Transaction conclue par l'administration à l'issue d'un processus de médiation (art. L. 423-1 du code des relations entre le public et l’administration, art. L. 213-4 du code de justice administrative) – Médiation organisée à l'initiative des parties ou du juge - Conditions d'homologation - Possibilité de conclure une telle transaction si celle-ci répond, en particulier, aux exigences fixées par les articles 6, 2044 et 2052 du code civil et l'article L. 423-1 du CRPA - Possibilité d'introduire une demande d'homologation d'une telle transaction – Existence - Principe - Nécessité de concessions réciproques et équilibrées entre les parties -Absence.
Les dispositions de l’article L. 213-1 du code de justice administrative n’imposent pas aux parties de conclure une médiation par une transaction au sens de l’article 2044 du code civil. Toutefois, lorsque le juge est saisi d’une demande d’homologation d’une transaction concrétisant un accord de médiation, le juge doit encore examiner si celle-ci répond aux exigences fixées par le code civil et par le code des relations entre le public et l’administration.
Il résulte de l’article 2044 du code civil et de l'article L. 423-1 du code des relations entre le public et l'administration que l'administration peut, afin de prévenir ou d'éteindre un litige, légalement conclure avec un particulier un protocole transactionnel, sous réserve de la licéité de l'objet de ce dernier, de l'existence de concessions réciproques et équilibrées entre les parties et du respect de l'ordre public (1)
Par une convention d’occupation, la commune de Bagnères-de-Luchon a mis à disposition, à compter du 4 avril 2016 et pour une durée de huit ans jusqu’au 30 mars 2024, de Mme Darnaud, dirigeante de la SAS Birdy, les locaux d’un bar restaurant situé dans l’enceinte du golf municipal de Luchon, qui appartiennent au domaine public de la commune, et lui en a confié l’exploitation. Informés par la commune de Bagnères-de-Luchon d’une relance d’une procédure de mise en concurrence, les occupants ont souhaité « la régularisation d’un bail commercial » à l’expiration de ladite convention. Dans le cadre d’une médiation, les parties sont parvenues, le 15 janvier 2025, à un protocole d’accord auquel elles ont entendu donner un caractère transactionnel.
En l’espèce, la commune de Bagnères-de-Luchon acceptait de verser à la SAS Birdy une indemnité d’un montant de 100 000 euros établie en considération de la valorisation moyenne de l’activité de la société, du niveau de garnissement du local et de la cession d’une partie des biens meubles et, en contrepartie, la SAS Birdy et Mme Darnaud, qui acceptaient de quitter les lieux au plus tard huit jours après l’homologation du protocole d’accord, renonçaient à solliciter un bail commercial, acceptaient pour solde de tout compte le versement de l’indemnité de 100 000 euros en compensation des préjudices de toute nature qu’elles estimaient subir et de l’ensemble des investissements et plus-values apportés au local, de l’abandon du fonds de commerce et de la cession d’une partie des biens meubles.
Eu égard au caractère précaire et révocable, pour un motif d’intérêt général, d’une convention portant autorisation d’occupation du domaine public, ainsi que du caractère personnel et non cessible de cette occupation, qui était en l’espère parvenue à son terme, les occupants ne détenaient aucun droit à se maintenir sur les lieux et ne pouvaient prétendre ni à l’obtention d’un bail commercial ni à la réparation de préjudices tenant à la perte d’un fonds de commerce.
Ainsi, la cession d’une partie des biens meubles ne justifiant pas, à elle seule, le versement de l’indemnité de 100 000 euros prévue par le protocole d’accord, les concessions réciproques consenties par les deux parties, appréciées globalement, révélaient un déséquilibre au détriment de la commune, constitutif d’une libéralité de la part de la commune.
Note – Référence
1) Cf. CE, 26 octobre 2018, Garde des sceaux, ministre de la justice c/ M. Colas, n° 421292
39-01-03 Diverses sortes de contrats
37 Juridictions administratives et judiciaires
37-07 Règlements alternatifs des différends
37-07-01 Transaction
